par Adam Higginbotham | 0 min | 24 août 2016

LISEZ ICI LA PREMIÈRE PARTIE DE L’HISTOIRE

Le trésor du pharaon

C’est du moins ce qu’on raconte, et si ce récit est véri­­dique, il ajoute plus encore au mystère de la Grande Pyra­­mide. Si les étages supé­­rieurs étaient restés cachés jusque là, qu’est-il donc arrivé à la momie de Khéops et aux riches orne­­ments funé­­raires qu’un roi si puis­­sant avait sûre­­ment enterré avec lui ? Il n’existe qu’un seul autre accès : un puits de service rudi­­men­­taire dont l’en­­trée était dissi­­mu­­lée près de la chambre de la reine, loin en-dessous du couloir descen­­dant. Il fut semble-t-il creusé pour servir de sortie de secours aux ouvriers char­­gés de placer les bouchons de granite. Mais il est bien trop étroit pour permettre le passage des grosses pièces du trésor. Ainsi, l’énigme de la chambre du roi reste entière.

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La chambre du roi
Crédits : Jon Bodsworth

Est-il possible malgré tout que les récits des chro­­niqueurs arabes, sur lesquels se basent les égyp­­to­­logues, puissent encore nous cacher des choses ? Certains éléments sonnent vrai. Par exemple, on raconte que ceux qui s’aven­­tu­­rèrent plus tard dans la Grande Pyra­­mide étaient fréquem­­ment assaillis par des chauve-souris géantes qui s’étaient nichées dans ses profon­­deurs. Si les hommes d’Al-Ma’mūn n’y furent pas confron­­tés, cela peut signi­­fier que personne avant eux n’y était entré. Mais d’autres aspects de ces récits anciens sont beau­­coup moins crédibles. Dans leur version origi­­nale, les chro­­niqueurs arabes dressent un portrait confus et contra­­dic­­toire des pyra­­mides. La plupart de leurs récits furent écrits des siècles après l’époque d’Al-Ma’mūn, et aucun d’entre eux ne mentionne la date cruciale de 820 av. J.-C., citée avec tant d’as­­su­­rance dans les travaux des cher­­cheurs publiés depuis les années 1860. La fiabi­­lité de ce corpus de textes modernes est remise en ques­­tion par le fait que si l’on se réfère à la chro­­no­­lo­­gie précise du règne d’Al-Ma’mūn, le souve­­rain arabe passa clai­­re­­ment l’an­­née 820 dans la capi­­tale de son cali­­fat, Bagdad. Le calife ne visita Le Caire qu’à une seule occa­­sion, en 832. S’il est vrai qu’il fut celui qui força l’en­­trée de la Grande Pyra­­mide, ce devait être cette année-là. Comment les égyp­­to­­logues ont-ils pu commettre une telle erreur ? La réponse est certai­­ne­­ment que passer sa vie à étudier l’Égypte ancienne n’im­­plique pas de savoir quoi que ce soit de l’his­­toire médié­­vale des peuples musul­­mans. Cela signi­­fie hélas qu’ils n’ont pas conscience que les chro­­niques arabes qu’ils citent avec tant d’aplomb sont pour une bonne part une collec­­tion de légendes et de récits folk­­lo­­riques qui néces­­sitent d’être inter­­­pré­­tés. Le premier de ces récits, écrit par le respec­­table ency­­clo­­pé­­diste Al-Mas’ûdî et datant d’en­­vi­­ron 950, ne fait même pas mention de la visite du calife Al-Ma’mūn à Gizeh. Al-Mas’ûdî attri­­bue l’en­­trée dans la pyra­­mide au père d’Al-Ma’mūn, Hârûn ar-Rachîd ben Muham­­mad ben al-Mansûr, le légen­­daire calife des Mille et Une Nuits – où il appa­­raît dans un contexte nette­­ment fabu­­leux. Al-Mas’ûdî écri­­vait qu’a­­près des semaines de labeur acharné, les hommes d’Hâ­­rûn ar-Rachîd finirent par forcer le passage.

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Le calife abbas­­side Al-Ma’mūn

« Ils trou­­vèrent un vase rempli de milliers de pièces d’or fin, chacune d’entre elles pesant le poids d’un dinar. Quand Hârûn ar-Rachîd vit l’or, il ordonna qu’on calcu­­lât les dépenses qu’il avait enga­­gées dans l’ou­­vrage, et le résul­­tat fut préci­­sé­­ment égal au trésor qu’ils avaient décou­­vert. » Souli­­gnons qu’au moins un récit appa­­rem­­ment honnête des actes d’Al-Ma’mūn a survécu au temps. Le géographe et bota­­niste Al Idrissi écri­­vit en 1150 que les hommes du calife décou­­vrirent les couloirs ascen­­dant et descen­­dant, ainsi qu’une chambre conte­­nant un sarco­­phage renfer­­mant des restes humains. Mais d’autres chro­­niqueurs de la même période racon­­taient des histoires diffé­­rentes et bien plus fantas­­tiques. L’un d’eux, le gram­­mai­­rien anda­­lou Abū Ḥayyān al-Gharnāṭī, affirma qu’il avait lui-même péné­­tré dans la Grande Pyra­­mide. Il évoquait plusieurs grands « appar­­te­­ments » conte­­nant des corps « enve­­lop­­pés dans de nombreuses bande­­lettes, deve­­nues noires à l’épreuve du temps ». Il pour­­suit ainsi : « Ceux qui entrèrent ici au temps d’Al-Ma’mūn décou­­vrirent l’en­­trée d’un petit passage qui conte­­nant l’image d’un homme gravée dans de la pierre verte. Elle fut exca­­vée pour que le calife l’exa­­mine. Quand on l’ou­­vrit, un corps humain fut décou­­vert dans une armure d’or, parée de pierres précieuses. Il tenait dans sa main une épée d’une valeur ines­­ti­­mable et au-dessus de sa tête, un rubis de la taille d’un œuf brillait de mille feux. »

La dalle brisée

Qu’en est-il des premiers récits évoquant un tunnel creusé dans la pyra­­mide ? A ce sujet, les auteurs les plus influents sont deux autres chro­­niqueurs arabes, l’his­­to­­rien et méde­­cin Abd al-Latîf al-Bagh­­dâdî (vers 1200) et le célèbre explo­­ra­­teur Ibn Battûta (vers 1360). Les deux hommes écri­­virent qu’Al-Ma’mūn avait ordonné à ses hommes de péné­­trer dans la pyra­­mide de Khéops en utili­­sant du feu et des pieux d’acier affû­­tés. On chauf­­fait les pierres de la pyra­­mide avant de les refroi­­dir avec du vinaigre, et lorsque des craque­­lures appa­­rais­­saient, elles étaient réduites en morceaux avec les pieux. Ibn Battûta ajoute qu’un bélier était utilisé pour forcer le passage. Il n’y a rien d’in­­vrai­­sem­­blable dans ces deux témoi­­gnages et la Grande Pyra­­mide porte bel et bien la cica­­trice d’une percée étroite creu­­sée dans son calcaire, qu’on suppose être l’œuvre des hommes d’Al-Ma’mūn. Le passage a été creusé à un endroit logique : pile au milieu de la face nord, en-dessous de la véri­­table entrée (alors invi­­sible) que les Égyp­­tiens de l’époque de Khéops avaient placée à sept mètres du centre pour tenter de trom­­per les pilleurs de tombes. Mais ces chro­­niques n’en furent pas moins écrites quatre à cinq siècles après l’époque d’Al-Ma’mūn. Attendre d’elles qu’elles soient rigou­­reu­­se­­ment exactes semble irréa­­liste. Sans comp­­ter que ni Abd al-Latîf, ni Ibn Battûta ne disent quoi que ce soit de la façon dont Al-Ma’mūn aurait décidé où creu­­ser. Ils ne font pas non plus mention de l’his­­toire de la dalle brisée qui aurait guidé les mineurs jusqu’à l’en­­trée du passage secret.

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La grande gale­­rie de la pyra­­mide de Khéops
Crédits : DR

Compte tenu de tout cela, il est légi­­time de se deman­­der comment l’on peut être convaincu que c’est Al-Ma’mūn qui entra le premier dans la pyra­­mide, et comment l’his­­toire de la dalle brisée est deve­­nue popu­­laire. La réponse donnée quelque­­fois à la première ques­­tion est qu’il existe un récit qui situe l’ex­­ca­­va­­tion aux années 820, corro­­bo­­rant les dires des chro­­niqueurs arabes. Il s’agit d’un vieux frag­­ment syriaque mentionné pour la première fois par le baron Silvestre de Sacy, qui raconte que le patriarche chré­­tien Denys de Tell-Mahré accom­­pa­­gna Al-Ma’mūn aux pyra­­mides et fit la descrip­­tion des travaux ordon­­nés par le calife. Cepen­­dant, cette version des événe­­ments date elle aussi de plusieurs siècles après les événe­­ments. Le frag­­ment syriaque est tiré du Chro­­ni­­con Eccle­­sias­­ti­­cum de Bar Hebraeus, qui date du XIIIe siècle. Cet autre reli­­gieux syriaque incor­­po­­rait à son récit des passages des écrits de son prédé­­ces­­seur, mais rien ne permet d’af­­fir­­mer qu’ils sont vrais. Pour ne rien arran­­ger, le frag­­ment faisant réfé­­rence aux pyra­­mides dit seule­­ment que Denys de Tell-Mahré regarda dans « une ouver­­ture » d’un des trois monu­­ments de Gizeh – qui n’est peut-être pas celle de la Grande Pyra­­mide et qui n’a peut-être pas été creu­­sée par Al-Ma’mūn. Cela ne nous permet pas davan­­tage de savoir si le calife est réel­­le­­ment à l’ori­­gine de la percée de la pyra­­mide. Quant à l’his­­toire de la dalle brisée, elle demeure mysté­­rieuse. Une recherche concer­­tée a révélé qu’elle avait été impri­­mée pour la première fois au milieu du XIXe siècle et publiée par Charles Piazzi Smyth. Mais Smyth ne révéla pas où il l’avait trou­­vée. Certaines pistes restent à explo­­rer qui laissent penser qu’elle serait pour la première fois appa­­rue dans les volumes d’un scien­­ti­­fique musul­­man du nom d’Abū al‐Ṣalt al‐An­­da­­lusī. Il se serait procuré ses infor­­ma­­tions dans l’an­­cienne biblio­­thèque d’Alexan­­drie, alors qu’il était assi­­gné à rési­­dence en Égypte.

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Les mystères de la pyra­­mide sont encore intacts
Crédits : DR

Le problème est donc le suivant : même si Smyth tient son histoire d’Abū al‐Ṣalt, et même si ce dernier était scru­­pu­­leux dans son travail, le chro­­niqueur musul­­man n’écri­­vait pas en 820 mais au XIIe siècle. (Il fut empri­­sonné en Égypte de 1107 à 1111.) Aussi, bien qu’il y ait une chance pour que le récit de la dalle brisée fût basé sur une source plus ancienne et aujourd’­­hui perdue, nous ne pouvons pas en être certains. L’his­­toire pour­­rait tout aussi bien avoir été inven­­tée. Telle qu’elle nous est rappor­­tée actuel­­le­­ment, l’en­­trée par effrac­­tion dans la pyra­­mide est trop belle pour être vraie. Nous devrions nous poser la ques­­tion suivante : comment une percée creu­­sée au hasard dans une struc­­ture aussi colos­­sale que la Grande Pyra­­mide a-t-elle pu émer­­ger à l’en­­droit  exact où se rencontrent les couloirs ascen­­dant et descen­­dant, et où les secrets des étages supé­­rieurs de la pyra­­mide sont le plus expo­­sés ? S’agit-il d’une coïn­­ci­­dence ? Je ne le crois pas. Je suis d’avis que quelqu’un, quelque part, à une époque donnée, sut préci­­sé­­ment où il fallait creu­­ser. Cela signi­­fie­­rait que ce qu’on tient pour être la percée d’Al-Ma’mūn aurait été creu­­sée des siècles avant que les musul­­mans n’entrent en Égypte, avant d’être rebou­­chée puis oubliée – peut-être même au temps des dynas­­ties. Cette hypo­­thèse signi­­fie­­rait que le grand mystère de Khéops n’était pas aussi secret qu’il l’es­­pé­­rait…


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Inside the Great Pyra­­mid », paru dans le Smith­­so­­nian Maga­­zine. Couver­­ture : Une vieille photo de la Grande Pyra­­mide.

LE PREMIER TEMPLE

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Érigés au sommet de Göbekli Tepe il y a près de 11 000 ans, de mysté­­rieux mono­­lithes pour­­raient réécrire l’his­­toire de notre civi­­li­­sa­­tion.

À dix kilo­­mètres d’Urfa, une ancienne cité du sud-est de la Turquie, Klaus Schmidt a fait l’une des plus surpre­­nantes décou­­vertes archéo­­lo­­giques de notre temps : des pierres taillées colos­­sales, âgées de 11 000 ans, conçues et orga­­ni­­sées par des hommes préhis­­to­­riques qui n’avaient pas encore déve­­loppé ni les outils en métal, ni la pote­­rie. Ces méga­­lithes ont été dres­­sés 6000 ans avant Stone­­henge. Le lieu est appelé Göbekli Tepe et Schmidt, archéo­­logue alle­­mand qui y a travaillé pendant plus de dix ans, est convaincu qu’il s’agit du plus vieux temple de l’his­­toire de l’hu­­ma­­nité.

I. Le cercle

« Guten Morgen », me salue, à 5 h 20 du matin, le scien­­ti­­fique venu me cher­­cher dans son van à l’hô­­tel où je réside, à Urfa. Trente minutes plus tard, le van atteint le pied d’une colline herbeuse et se gare devant plusieurs cordons de fil barbelé. Nous suivons un groupe d’ou­­vriers jusqu’au sommet de la colline où se trouve une fosse proté­­gée du soleil par un toit de tôle ondu­­lée : le site prin­­ci­­pal de l’ex­­ca­­va­­tion. Dans la fosse, des pierres droites, comme des piliers, sont dispo­­sées en cercles. Derrière, dans la pente de la colline, se trouvent quatre autres cercles de piliers partiel­­le­­ment sortis de terre. Chaque cercle a à peu près la même dispo­­si­­tion : au centre se trouvent deux piliers de pierre taillés en T, encer­­clés par de plus petites pierres tour­­nées vers l’in­­té­­rieur. Le plus grand des piliers s’élève à cinq mètres et, d’après Schmidt, pèse entre sept et dix tonnes. Nous déam­­bu­­lons entre les pierres et je m’aperçois que certaines sont vierges alors que d’autres sont taillées de manière très élabo­­rée : des renards, des lions, des scor­­pions et des vautours four­­mil­lent, s’en­­rou­­lant, rampant sur les larges flancs des piliers.

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Göbleki Tepe
Les pilliers forment des cercles
Crédits

Schmidt pointe du doigt les grands cercles de pierre – l’un d’eux est à vingt mètres. « C’est le premier sanc­­tuaire construit par l’homme », dit-il. Depuis ce promon­­toire, à 300 mètres au-dessus de la vallée, nous pouvons contem­­pler l’ho­­ri­­zon dans presque toutes les direc­­tions. Schmidt, 53 ans, me demande alors d’ima­­gi­­ner à quoi auraient pu ressem­­bler le paysage il y a 11 000 ans, avant que des siècles d’agri­­cul­­ture inten­­sive et d’amé­­na­­ge­­ment du terri­­toire ne le trans­­forment en cette éten­­due beige et peu détaillée qu’on peut voir aujourd’­­hui. Les hommes préhis­­to­­riques auront pu lais­­ser prome­­ner leur regard sur des trou­­peaux de gazelles et d’autres animaux sauvages ; sur des rivières douces qui atti­­raient les oies et les canards ; sur des arbres frui­­tiers et des noise­­tiers ; enfin, sur des champs ondu­­lés d’orge et de blé sauvages, comme de l’en­­grain et du petit épeautre. « Cette zone était un para­­dis », lance Schmidt, qui est aussi membre de l’Ins­­ti­­tut Alle­­mand d’Ar­­chéo­­lo­­gie. Effec­­ti­­ve­­ment, Göbekli Tepe se dresse sur le côté nord du Crois­­sant Fertile – un arc au climat doux, parsemé de terres arables et s’éten­­dant du golfe persique jusqu’à ce que nous connais­­sons aujourd’­­hui comme le Liban, Israël, la Jorda­­nie et l’Égypte – et avait dû atti­­rer des chas­­seurs-cueilleurs de l’Afrique et du Proche-Orient. Comme Schmidt n’a trouvé aucune preuve que des hommes habi­­taient de manière perma­­nente au sommet de Göbekli Tepe, il pense qu’il s’agit d’un lieu de culte d’une échelle sans précé­dent – la première « église sur la colline » de l’hu­­ma­­nité.

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