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par Harold James | 5 septembre 2016

Une vieille insti­tu­tion

La Banca Monte dei Paschi di Siena (ou « Crédit des Paschi de Sienne ») est à première vue l’ar­ché­type d’une bonne insti­tu­tion finan­cière, locale et non-exploi­tante. Il s’agit de la plus vieille banque du monde, dont le siège est situé dans le palazzo médié­val d’une des plus belles villes d’Ita­lie. Elle fut fondée en 1472 afin de pouvoir accor­der des prêts non-usuraires aux pauvres « méri­toires ». Force est de consta­ter que peu de choses ont changé à Monte dei Paschi. Mais si la troi­sième plus grande banque d’Ita­lie sert de fonda­tion à quoi que ce soit aujourd’­hui, c’est à une crise finan­cière. Une crise qui pour­rait déci­der de l’ave­nir poli­tique non seule­ment de l’Ita­lie, mais aussi de l’Union euro­péenne toute entière.

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L’en­trée de la banque, à Sienne
Crédits : Ales­sia Pier­do­me­nico

Au cours des dix dernières années, Monte dei Paschi a néces­sité trois reca­pi­ta­li­sa­tions, pour une augmen­ta­tion totale de capi­tal de 16 milliards d’eu­ros. Cette somme colos­sale prove­nait  d’in­ves­tis­seurs du secteur privé – surtout des banques italiennes – mais pas du gouver­ne­ment. Vendredi 29 juillet 2016, les Italiens ont appris que Monte dei Paschi était la seule banque à avoir échoué à la plupart des tests de résis­tance auxquels ont été soumises les insti­tu­tions finan­cières euro­péennes. La ques­tion est de savoir ce que le gouver­ne­ment italien va déci­der de faire à présent, à Rome et à Bruxelles. Il n’est pas nouveau pour les crises bancaires italiennes d’être autant le fruit d’une tension écono­mique géné­rale que d’une trans­for­ma­tion poli­tique fonda­men­tale.

En 1893, la chute du prix de l’im­mo­bi­lier condui­sit à la révé­la­tion de la fraude qui gangre­nait la Banca Romana, l’une des banques émet­trices du pays. Sa faillite entraîna la chute du gouver­ne­ment de centre gauche de l’époque et à un rema­nie­ment de la poli­tique italienne. Certains craignent qu’une crise bancaire au XXIe siècle puisse avoir un effet analogue et mettre à bas le gouver­ne­ment de centre gauche de Matteo Renzi. Un tel scéna­rio lais­se­rait place à une constel­la­tion poli­tique nouvelle : le parti d’op­po­si­tion du Mouve­ment 5 étoiles, qui a remporté deux victoires de taille aux dernières élec­tions muni­ci­pales à Rome et à Turin, forme­rait un gouver­ne­ment dont l’am­bi­tion première serait de prépa­rer la sortie de l’euro. L’his­toire des crises bancaires italiennes est égale­ment vieille dans le sens où leurs insti­tu­tions sont archaïques. Contrai­re­ment à la plupart des banques euro­péennes qui se débattent depuis le début de la crise finan­cière de 2008, les banques italiennes n’ont jamais vrai­ment fait partie de cette tendance globale à l’hyper-finan­cia­ri­sa­tion. Pendant que les banques alle­mandes étaient occu­pées à cana­li­ser des fonds à travers des créances hypo­thé­caires améri­caines « repa­cka­gées », les banques italiennes étaient tour­nées vers le marché local. ulyces-montedeipaschi-03Les prêts figu­rant sur les bilans annuels des banques italiennes n’étaient pas accor­dés à des consom­ma­teurs dépen­sant au-dessus de leurs moyens ou à des acqué­reurs réali­sant des achats immo­bi­liers spécu­la­tifs, mais surtout à des entre­prises locales. Leur clien­tèle se consti­tuait prin­ci­pa­le­ment du grand nombre de PME du pays – souvent des affaires de familles. Leurs busi­ness models ne sont pas très diffé­rents des entre­prises dyna­miques du sud de l’Al­le­magne, de l’Au­triche ou de la Suisse, qui se concentrent sur des produits de niche – elles peuvent se spécia­li­ser dans le textile ou la machi­ne­rie – à desti­na­tion des marchés inter­na­tio­naux. Ce modèle bancaire désuet a isolé les banques italiennes des chocs finan­ciers galo­pants de 2007 et 2008. Au début de la crise globale, tandis que les autres gouver­ne­ments euro­péens dépen­saient des sommes colos­sales pour renflouer leurs systèmes bancaires, l’Ita­lie semblait avoir les banques les plus solides d’Eu­rope. La Banque centrale euro­péenne a calculé le coût fiscal des plans de sauve­tage des banques pour la période 2008–2013. Cela a coûté à l’Al­le­magne 8,8 % de son PIB, à l’Es­pagne 4,9 %, et bien plus aux pays euro­péens qui ont solli­cité un renfloue­ment auprès du Fonds moné­taire inter­na­tio­nal (l’Ir­lande, 37,3 % ; la Grèce, 24,8 % ; et le Portu­gal, 10,4 %). L’Ita­lie, elle, n’a dépensé que 0,2 % de son PIB. La situa­tion a encou­ragé une complai­sance dange­reuse en Italie et une crise écono­mique rampante a progres­si­ve­ment grignoté les fonda­tions finan­cières du pays.

Son inca­pa­cité chro­nique à entre­prendre des réformes struc­tu­relles l’avait déjà condamné à une crois­sance excep­tion­nel­le­ment lente bien avant la crise de 2008. Son secteur du textile et du vête­ment a souf­fert de l’en­trée en trombe de l’Asie sur le marché ou de produc­teurs moins coûteux venus du sud de l’Eu­rope – même les fabri­cants de produits de luxe commencent à délo­ca­li­ser la produc­tion. Les faiblesses de l’éco­no­mie italienne ont fini par se retour­ner contre les banques avec un volume colos­sal de prêts non produc­tifs – l’es­ti­ma­tion actuelle est de 360 milliards d’eu­ros. (Le fait que le gouver­ne­ment italien fasse obstacle n’a pas arrangé les choses – beau­coup d’en­tre­prises travaillant sous contrat avec le gouver­ne­ment ne seraient au final jamais payées.) Parmi les insti­tu­tions finan­cières italiennes crou­lant sous les prêts non-produc­tifs, on trouve de grandes banques inter­na­tio­nales telles qu’UniC­re­dit et Intesa Sanpaolo (dans les deux cas, ils repré­sentent envi­ron 15 % de leurs prêts). Elles vont toutes deux devoir prendre de la distance avec certaines de leurs rela­tions inter­na­tio­nales. Il est notam­ment possible qu’U­niC­re­dit, qui a fait l’ac­qui­si­tion d’un vaste porte­feuille d’Eu­rope centrale en fusion­nant avec la banque alle­mande HypoVe­reins­bank, qui possé­dait Bank Austria, devra se déles­ter de ses holdings bancaires polo­naises.

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Les archives de la banque, dans le Palazzo Salim­beni
Crédits : DR

La promesse

Pour­tant, le drame des tests de résis­tance de cette année tourne essen­tiel­le­ment autour de Monte dei Paschi. C’est la seule banque d’Eu­rope à avoir obtenu des résul­tats néga­tifs aux tests, ce qui garan­tit qu’elle s’écrou­le­rait si une nouvelle crise écono­mique avait lieu sur le Vieux Continent. Les deux plus grandes banques italiennes sont clai­re­ment d’im­por­tance systé­mique, mais Monte dei Paschi est impor­tante elle aussi, et sa faillite anéan­ti­rait la confiance envers l’éco­no­mie tout autant qu’en­vers le système poli­tique italien. Comme ce fut le cas au XIXe siècle avec la Banca Romana, l’ef­fon­dre­ment de l’ins­ti­tu­tion entraî­ne­rait le système poli­tique dans sa chute. Le problème est que le gouver­ne­ment italien ne peut pas faire grand-chose pour remé­dier à la situa­tion, car il a les mains liées par les régle­men­ta­tions de l’UE. À la suite des plans de sauve­tage inter­ve­nus ailleurs en Europe et aux contes­ta­tions poli­tiques qu’ils ont engen­drées, l’Union euro­péenne a revu et corrigé son approche du sauve­tage bancaire et insisté pour que certains créan­ciers bancaires, tout comme les action­naires, assument le coût du sauve­tage. Ainsi, les contri­buables ne seront plus obli­gés de payer pour l’in­com­pé­tence, la fraude, la mauvaise gestion ou la tendance exces­sive à prendre des risques des banquiers. Ces régle­men­ta­tions auront de graves consé­quences poli­tiques en Italie du fait de la façon dont ses banques ont été finan­cées. Pendant des années, les banques italiennes ne se sont pas conten­tées d’ac­cep­ter des dépôts : elles ont vendu des obli­ga­tions subor­don­nées à risque à des inves­tis­seurs parti­cu­liers, peu au fait des rouages de la finance, tout en leur lais­sant penser que ces inves­tis­se­ments étaient sûrs. Quand ces banques ont commencé à avoir des problèmes au cours des récentes années, ces inves­tis­seurs ont perdu une grande partie de leurs épargnes, faisant face à des  diffi­cul­tés sans nom.

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Des citoyens réunis devant la Banca Etru­ria
Crédits : DR

Après que Luigino D’An­gelo, un retraité proprié­taire d’obli­ga­tions subor­don­nées de la Banca Etru­ria, a mis fin à ses jours en 2015, le minis­tère des Finances italien a déclaré que de telles obli­ga­tions avaient été vendues « à des gens présen­tant un profil à risque, ce qui n’est pas compa­tible avec la nature de ces titres ». Le Commis­saire euro­péen à la Stabi­lité finan­cière, Jona­than Hill, a fait écho à cette critique en accu­sant les banques de « vendre des produits inap­pro­priés pour des gens qui ne savaient peut-être pas ce qu’ils ache­taient ». Les Italiens ont alors mis en place un fonds spécial pour venir en aide à ceux qui avaient perdu de grosses sommes à cause de la situa­tion catas­tro­phique des banques. Dans le cas de Monte dei Paschi, les action­naires ont déjà perdu pratique­ment l’in­té­gra­lité de leurs inves­tis­se­ments. Mais le gouver­ne­ment ne veut pas voir se répé­ter les réso­lu­tions bancaires de 2015, même si certains respon­sables poli­tiques euro­péens assurent que les porteurs d’obli­ga­tions qui risquent d’être touchés sont pour la plupart des gens riches et non de pauvres retrai­tés dont la contri­bu­tion au renfloue­ment engen­dre­rait des débor­de­ments poli­tiques. Le gouver­ne­ment italien main­tient qu’é­tant donné que sa crise bancaire a des causes diffé­rentes de celle que subissent les autres pays euro­péens, ces causes devraient être prises en compte pour y remé­dier. Ce à quoi les respon­sables poli­tiques d’Eu­rope du Nord ont simple­ment répondu que l’Ita­lie payait le fait d’avoir tardé à s’oc­cu­per d’une ques­tion écono­mique centrale. Les nouvelles régle­men­ta­tions ont pris effet au début de l’an­née 2016 et réaf­firment que l’Ita­lie ne pourra pas renflouer son secteur bancaire dans l’im­mé­diat. Le gouver­ne­ment italien est pieds et poings liés. Tout ce qu’il peut faire, c’est orga­ni­ser un sauve­tage inter­na­tio­nal grâce au concours d’in­ves­tis­seurs privés, encou­ra­gés par la promesse que l’Ita­lie va rompre avec sa dyna­mique de faible crois­sance. La première phase du sauve­tage de Monte dei Paschi cette année implique de céder 9,2 milliards d’eu­ros de créances douteuses (dont la valeur nomi­nale est de 27 milliards d’eu­ros) au fonds de sauve­tage Altante – financé par les banques, les compa­gnies d’as­su­rance et les fonds de pension italiens. Une fois une partie substan­tielle de leurs créances douteuses effa­cées des comptes, il faudra que la banque lève 5 milliards d’eu­ros auprès d’un consor­tium de banques présidé par JPMor­gan Chase et Medio­banca, plus six autres banques d’in­ves­tis­se­ment liées par un accord de pré-sous­crip­tion : Gold­man Sachs, Santan­der, Citi, Credit Suisse, Deutsche Bank et Bank of America Merrill Lynch. Pour faire court, le système bancaire inter­na­tio­nal a été envoyé à la rescousse de Monte dei Paschi.

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L’in­signe de la banque gravée dans la pierre à Sienne
Crédits : DR

Ce qu’il y a de remarquable là-dedans, c’est que tout au long de cette crise nais­sante, les respon­sables poli­tiques et les légis­la­teurs italiens ne se sont jamais dépar­tis de leur opti­misme – du moins en public – au sujet des pers­pec­tives pour Monte dei Paschi. C’était aussi le cas il y a deux ans, quand les anciens président, CEO et CFO de la banque ont été condam­nés pour avoir menti aux légis­la­teurs au sujet de la situa­tion de la banque. Ales­san­dro Profumo, le banquier inter­na­tio­nal le plus connu d’Ita­lie, qui a négo­cié la fusion d’UniC­re­dit avec HypoVe­reins­bank, a été choisi pour rempla­cer Giuseppe Mussari au poste de président et a déclaré en mai 2014 qu’il avait accom­pli sa mission. « Monte dei Paschi n’est plus un problème pour ce pays. Elle est rede­ve­nue une banque normale et a retrouvé la santé », a-t-il dit. Un an plus tard, Profumo a quitté ses fonc­tions.

Au début de l’an­née, le Premier ministre Renzi a déclaré : « Aujourd’­hui, la banque va bien et c’est un inves­tis­se­ment sûr. Monte dei Paschi a souf­fert de la spécu­la­tion, mais c’est une bonne affaire. Elle a traversé des moments diffi­ciles, mais à présent tout va bien, c’est une excel­lente marque. Il lui faudra peut-être plusieurs mois pour trou­ver des inves­tis­seurs, car il faut qu’ils s’ac­cordent tous les uns avec les autres. » Les décla­ra­tions opti­mistes de ses poli­ti­ciens sont un élément-clé de la stra­té­gie de sauve­tage italienne. Ils repré­sentent une garan­tie poli­tique impli­cite faite aux inves­tis­seurs privés, qui se demandent proba­ble­ment pourquoi ils vien­draient en aide à une insti­tu­tion qui a déjà fait partir en fumée tant de capi­tal. Le gouver­ne­ment assure que la reprise écono­mique géné­rale est au coin de la rue, et que lorsque la situa­tion s’amé­lio­rera, la renta­bi­lité des banques revien­dra au galop.

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Fabri­zio Viola, l’ac­tuel CEO de la banque
Crédits : DR

Résul­tat, la seule façon d’évi­ter des chan­ge­ments poli­tiques dras­tiques en Italie, qui auraient des réper­cus­sions dans toute l’Eu­rope, serait d’opé­rer des chan­ge­ments poli­tiques préven­tifs au niveau de l’Union euro­péenne. Mais pour que son scéna­rio opti­miste fonc­tionne, le gouver­ne­ment italien n’a pas d’autre choix que de faire pres­sion pour que l’UE se détourne de l’aus­té­rité fiscale. Le gouver­ne­ment de Renzi est convaincu que d’autres pays d’Eu­rope se rangent à son avis, tout parti­cu­liè­re­ment la France, et il s’est récem­ment prononcé en faveur d’un plus grand projet de dépense publique de l’UE, essen­tiel­le­ment axé sur l’in­ves­tis­se­ment dans l’in­fra­struc­ture. Dans le roman de Giuseppe Tomasi di Lampe­dusa Le Guépard, Tancredi Falco­neri disait : « Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change. » Si le gouver­ne­ment n’est pas auto­risé à venir en aide aux banques direc­te­ment, il va devoir s’en­ga­ger à adop­ter une nouvelle dyna­mique de crois­sance pour tout le conti­nent. Quant à savoir s’il pourra – ou sera auto­risé – à tenir cette promesse, seul l’ave­nir pourra le dire.


Traduit de l’an­glais par Nico­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­ticle « Euro­pe’s Future Will Be Deci­ded at a Quaint Renais­sance Italian Bank », paru dans Foreign Policy. Couver­ture : L’en­trée de la banque Monte dei Paschi à Sienne. (CNBC)


LA CRISE DES SUBPRIMES AUTOMOBILES S’APPRÊTE-T-ELLE À ROUVRIR LES PORTES DE L’ENFER ?

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Credit Accep­tance propose des crédits auto­mo­biles scan­da­leux aux Améri­cains les plus dému­nis. Depuis la crise de 2008, la société connaît une crois­sance déme­su­rée.

I. Don

En 2011, Don Foss – sûre­ment le vendeur de voitures d’oc­ca­sion le plus riche de l’his­toire – a commandé un film de 30 minutes sur sa vie qu’il a ensuite posté sur YouTube. The Don Foss Story s’ouvre sur l’un de ses spots publi­ci­taires des années 1970, dans lequel un acteur joue son rôle. Le véri­table Don Foss, gros et dégarni, explique qu’il se serait volon­tiers joué lui-même si seule­ment il avait ressem­blé à Robert Redford. À la fin de la réclame, on nous présente le narra­teur du film. « Aujourd’­hui, je vous emmène à la rencontre d’un homme tout à fait remarquable », dit-il avant de flat­ter le milliar­daire de l’in­dus­trie auto­mo­bile. « Don, vous n’êtes ni plus ni moins que l’in­car­na­tion du rêve améri­cain. Je suis sûr que tout le monde meurt d’en­vie de savoir comment vous avez fait. » Ce que Don Foss a fait, c’est qu’il a quasi­ment inventé le système de crédit auto­mo­bile à risque – ou subprime –, un marché qui repré­sente annuel­le­ment plus de 100 milliards de dollars. D’abord conces­sion­naire puis fonda­teur de l’en­tre­prise spécia­li­sée dans la vente de crédits auto­mo­biles Credit Accep­tance, Don Foss « a été le premier à voir tout l’argent qu’il y avait à se faire en faci­li­tant l’achat de voitures qui auraient autre­ment fini à la casse par des familles défa­vo­ri­sées », explique un consul­tant de longue date pour l’in­dus­trie auto­mo­bile. ulyces-donfoss-01The Don Foss Story présente les choses un peu diffé­rem­ment. On y insiste beau­coup sur la noblesse qu’il y a dans le fait de permettre à des gens de contrac­ter des crédits que leur aurait refu­sés n’im­porte quel autre orga­nisme de prêt. Mais sans Credit Accep­tance et ses imita­teurs, comment feraient ces gens-là pour se rendre au travail, pour accom­pa­gner leurs enfants à l’école ou emme­ner mamie au centre de dialyse ? En 1995, le Wall Street Jour­nal a publié un article en première page sur « ces pratiques de prêt que J.P. Morgan lui-même désa­voue­rait ». Les parts de Don Foss dans Credit Accep­tance valaient alors 550 millions de dollars, et les actions de la société se vendaient à 21 dollars l’unité. Aujourd’­hui, leur prix tourne autour de 200 dollars. L’es­sen­tiel de cette crois­sance a eu lieu depuis 2008, non pas en dépit de la crise écono­mique mondiale mais prin­ci­pa­le­ment grâce à elle. Lorsque des millions d’Amé­ri­cains se sont retrou­vés à la rue après avoir été dépos­sé­dés de leurs maisons et que des millions d’autres ont perdu leur emploi, une vaste clien­tèle aux dossiers finan­ciers désas­treux a vu le jour pour Don Foss. Le montant des sommes allouées à ces emprun­teurs à haut risque (qui repré­sentent aujourd’­hui près d’un quart de la tota­lité des crédits auto­mo­biles) a plus que doublé depuis 2009, comme l’in­dique la banque fédé­rale de New York. Les prêts auto­mo­biles, tout comme les hypo­thèques, peuvent être regrou­pés et vendus aux inves­tis­seurs de Wall Street. C’est donc tout natu­rel­le­ment que ces obli­ga­tions de prêts auto­mo­biles à haut risque se sont substi­tuées aux obli­ga­tions de prêts hypo­thé­caires subprimes tombées en disgrâce. En 2009, les finan­ciers de l’in­dus­trie auto­mo­bile ont vendu pour trois milliards de dollars de ces obli­ga­tions sur les marchés finan­ciers. En 2014, ce chiffre s’éle­vait à 22 milliards de dollars.

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