Conversation avec Melodie Yashar, l'une des architectes de la Team SEArch+, gagnante du concours organisé par la NASA pour designer les futurs habitats martiens.

par Laura Boudoux | 24 avril 2019

En 2015, la NASA lançait son concours 3D-Prin­­ted Habi­­tat Chal­­lenge, mettant au défi les cabi­­nets d’ar­­chi­­tectes terriens de construire les maisons martiennes de demain. Le but ? Concep­­tua­­li­­ser des habi­­ta­­tions agréables à vivre pour des humains en mission sur Mars, avant de les construire à l’aide d’im­­pri­­mantes 3D. C’est fina­­le­­ment le cabi­­net d’ar­­chi­­tectes spécia­­lisé dans le design spatial SEAr­­ch+ qui remporte les diffé­­rentes phases du concours, notam­­ment grâce à leur MARS X-HOUSE, construite de manière auto­­nome.

Melo­­die Yashar, l’une des archi­­tectes ayant travaillé à la concep­­tion de ces maisons, imagine déjà à quoi ressem­­blera la vie sur Mars. Cons­­truites grâce aux ressources indi­­gènes et pensées pour proté­­ger les humains des radia­­tions, elles connec­­te­­ront l’équi­­page à la lumière natu­­relle et offri­­ront une vue impre­­nable sur le paysage martien, puisqu’elles ont l’avan­­tage d’être conçues pour éclore à la surface de Mars. D’après Melo­­die Yashar, les premières colo­­nies humaines devraient peupler la planète rouge d’ici vingt ans. Elle offre ici une visite expli­­ca­­tive de ces maisons, dans lesquelles les astro­­nautes vivront peut-être dès 2050.

Comment tout a commencé ?

Nous avons commencé à travailler sur le 3D-Prin­­ted Habi­­tat Chal­­lenge de la NASA en 2015, pour la phase 1 du concours, que nous avons rempor­­tée grâce à notre Ice House, exclu­­si­­ve­­ment construite en eau glacée. L’agence spatiale a ensuite révisé les règles des phases suivantes, au profit de maisons en régo­­lite entiè­­re­­ment impri­­mées en 3D, sans aucune impli­­ca­­tion humaine.




Le cœur de l’équipe SEAr­­ch+ est composé d’ar­­chi­­tectes, de desi­­gners indus­­triels et de tech­­ni­­ciens créa­­tifs. Pour l’ar­­chi­­tec­­ture spatiale, nous travaillons avec des experts en concep­­tion et ingé­­nie­­rie struc­­tu­­relles, analyse des radia­­tions, utili­­sa­­tion in situ des ressources, science des maté­­riaux, afin de concré­­ti­­ser le concept de l’ha­­bi­­tat sur Mars de la manière la plus crédible possible. Nous avons égale­­ment effec­­tué un immense travail de recherche et d’ana­­lyse, pour nous assu­­rer que nous répon­­dions aux exigences à la fois struc­­tu­­relles, et liées aux radia­­tions. Lorsque nous manquions d’in­­for­­ma­­tions ou de temps, nous utili­­sions notre bon sens !

À quoi ressemble l’in­­té­­rieur de vos maisons martiennes ?

Les maisons impri­­mées en 3D à partir de ciment de régo­­lite et de poly­é­thy­­lène haute densité sont orga­­ni­­sées de manière verti­­cale, sur cinq étages, et peuvent accueillir jusqu’à quatre astro­­nautes. Le rez-de-chaus­­sée vous fait péné­­trer dans la partie labo­­ra­­toire, atte­­nante aux bureaux. Le premier étage est consti­­tué de pièces réser­­vées à l’hy­­giène, c’est-à-dire les toilettes et les douches, mais aussi aux systèmes méca­­niques qui permettent le contrôle de l’en­­vi­­ron­­ne­­ment, et tout ce qui permet aux humains de survivre : les systèmes de gestion de l’air, des déchets, de l’oxy­­gène, de la tempé­­ra­­ture et de l’eau.

Viennent ensuite les chambres de l’équipe, chaque membre ayant son propre espace pour dormir, se repo­­ser et travailler. Enfin, le dernier étage abrite un dres­­sing et des espaces communs, avec une cuisine et des endroits dédiés à la commu­­ni­­ca­­tion et aux loisirs. Il était très impor­­tant pour nous de construire des maisons qui ne soient pas souter­­raines. Nous avons placé le facteur humain au centre de notre projet, et nous avons pensé qu’un voyage de huit mois sur la planète rouge méri­­tait un habi­­tat digne de ce nom, qui symbo­­lise la gloire d’une mission aussi pion­­nière.

Crédits : SEAr­­ch+

L’une des valeurs ajou­­tées de notre design, c’est que les astro­­nautes ont accès à la lumière natu­­relle. Nous nous sommes aussi assu­­rés que leur moti­­va­­tion soit stimu­­lée en perma­­nence, en leur permet­­tant de main­­te­­nir une connexion constante avec le paysage alen­­tour.

Pour le déve­­lop­­pe­­ment d’une colo­­nie ou d’un village martien, il est impor­­tant d’avoir des struc­­tures en surface. Il existe une certaine majesté et un senti­­ment d’hon­­neur dans le fait d’ima­­gi­­ner une première instal­­la­­tion à la surface de Mars. C’est un symbole fort pour l’hu­­ma­­nité, d’at­­teindre une nouvelle planète pour y créer le premier camp. D’autres projets d’ar­­chi­­tectes propo­­saient de créer des connexions entre les maisons, afin de ne pas avoir besoin de recou­­rir aux sorties extra-véhi­­cu­­laires (EVA), lors desquelles il faut toujours être vêtu d’une combi­­nai­­son spatiale. Mais pour le bien de notre projet, et parce que nous avons imaginé une struc­­ture réel­­le­­ment pion­­nière, nous n’avons pas souhaité opter pour cette option.

Le régo­­lite martien n’est-il pas toxique pour l’homme ?

Le régo­­lite est, en résumé, le sol martien, et il va falloir des robots pros­­pec­­teurs et des études pour confir­­mer que les proprié­­tés de ce maté­­riel sont les plus appro­­priées pour les struc­­tures compres­­sées créées par les impres­­sions 3D. Tout comme les robots qui opèrent aujourd’­­hui-même sur Mars, ils teste­­ront et prélè­­ve­­ront des échan­­tillons pour vali­­der son usage. Maxi­­mi­­ser son utili­­sa­­tion pour la construc­­tion d’ha­­bi­­ta­­tions extra­­­ter­­restres est le moyen pour nous d’uti­­li­­ser le plus possible les maté­­riaux indi­­gènes, présents à la surface de la planète rouge. Cela signi­­fie que l’on mini­­mise la masse de charge en maté­­riaux et sous-systèmes prove­­nant de la Terre, et donc le coût du trans­­port.

Il existe cepen­­dant effec­­ti­­ve­­ment de grandes chances pour que le régo­­lite soit toxique pour les humains, et il faudra faire un énorme travail de recherche pour voir s’il peut être mortel s’il n’est pas traité, ou si nous n’en sommes pas proté­­gés. Une grande partie de notre mission a donc été de nous assu­­rer que les habi­­tants de nos maisons ne soient pas en contact direct avec ce maté­­riel, et c’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons intro­­duit du poly­é­thy­­lène de haute densité à l’in­­té­­rieur des maisons.

La coquille externe en régo­­lite est renfor­­cée avec de la fibre de basalte conti­­nue, afin de créer une barrière haute­­ment durable et protec­­trice pour l’ha­­bi­­tat. Une couche interne en poly­é­thy­­lène haute densité est impri­­mée en 3D, pour proté­­ger l’équi­­page des perchlo­­rates toxiques conte­­nus dans le régo­­lite. Il s’agit d’un maté­­riau extrê­­me­­ment effi­­cace, qui sert de bouclier contre les radia­­tions, plus puis­­sant que le régo­­lite et les struc­­tures en alumi­­nium, car il est riche en hydro­­gène.

Nous pensons égale­­ment que le poly­é­thy­­lène consti­­tuera un maté­­riau facile à fabriquer, qui pour­­rait être traité direc­­te­­ment à la surface de Mars par la produc­­tion de méthane, qui sera essen­­tiel pour les voyages aller-retour des astro­­nautes. Nous devons déter­­mi­­ner par quel procédé nous pouvons créer du poly­é­thy­­lène lors de la produc­­tion du méthane, car nous savons que cela va être un enjeu crucial sur le long terme pour les infra­s­truc­­tures martiennes. Cela permet­­tra aussi à nos équipes sur place de produire leur propre carbu­­rant pour fusées, afin de faci­­li­­ter leur voyage retour sur Terre.

La vie sur Mars pourra-t-elle être semblable à la vie sur Terre ?

Sur le long terme, le but d’une colo­­nie martienne est qu’elle ressemble le plus possible à la vie sur Terre, et qu’elle soit le plus habi­­table et confor­­table possible. Les premières colo­­nies, qui devraient être construites dans les vingt prochaines années, auront bien sûr des ressources limi­­tées et seront, je l’es­­père, concen­­trées sur des projets scien­­ti­­fiques. Le but premier d’une instal­­la­­tion sur Mars sera en effet de déve­­lop­­per nos connais­­sances sur la géolo­­gie locale, sur la présence de la vie à la surface de Mars, et surtout sur les origines de la vie au sein de l’uni­­vers.

Le but sera donc avant tout de rappor­­ter du savoir, afin d’amé­­lio­­rer notre connais­­sance du système solaire, d’une façon que les rovers ne maîtrisent pas. Au-delà de ça, je pense que le tourisme spatial et la commer­­cia­­li­­sa­­tion de l’in­­dus­­trie spatiale sont des éléments inévi­­tables de notre avenir. Cela fait inté­­gra­­le­­ment partie de la manière dont les gens perçoivent le futur de l’ex­­plo­­ra­­tion spatiale, et c’est la raison prin­­ci­­pale pour laquelle ils s’y inté­­ressent autant. Il est donc certain que les infra­s­truc­­tures touris­­tiques et de loisir feront partie de notre futur sur Mars.

Nous voulons travailler de la manière la plus prédic­­tible possible, et c’est pour cela que nous nous concen­­trons aujourd’­­hui sur la colo­­ni­­sa­­tion de la Lune et de Mars. Nous jouons sans arrêt sur l’équi­­libre entre nos spécu­­la­­tions et nos projets en matière d’ex­­plo­­ra­­tion spatiale, et ce qui est véri­­ta­­ble­­ment déve­­loppé en terme de tech­­no­­lo­­gie aujourd’­­hui. Mais si l’on regarde les choses à très long terme, on peut aussi imagi­­ner miner des maté­­riaux sur d’autres planètes, et les rappor­­ter sur Terre. Cela repré­­sente une oppor­­tu­­nité très inté­­res­­sante pour conce­­voir un habi­­tat extra­­­ter­­restre en plus de Mars et de la Lune.


Couver­­ture : L’ha­­bi­­tat martien conçu par la Team SEAr­­ch+.


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