par Oliver Lee Bateman | 14 mai 2015

J’ai touché le fond dans une ferme pour employés de bureau, mal venti­­lée et sans fenêtres, en péri­­phé­­rie de Kalis­­pell, dans le Montana. Il fut un temps où je prépa­­rais et lavais des plats au Golden Corral. Par la suite, je me suis planté roya­­le­­ment en tant que mana­­ger d’une boutique Aber­­crom­­bie & Fitch. Et me voilà à 22 ans, collec­­teur de dettes pour un cabi­­net d’avo­­cats dans un centre commer­­cial, avec pour patrons un avocat aux abon­­nés absents et une ribam­­belle de gang­s­ters purs et durs origi­­naires de Chicago. Je ne m’at­­ten­­dais pas à ce que les choses se passent ainsi. J’avais démé­­nagé dans le Montana pour deve­­nir ensei­­gnant, garde fores­­tier, garde fron­­tière, voire écri­­vain à la N. Scott Moma­­day – versé dans l’art du western. Tout, sauf ce que j’avais été en Caro­­line du Nord, à savoir dépres­­sif. Mais à Kalis­­pell, dans l’ago­­nie d’une dépres­­sion écono­­mique aussi sérieuse que la mienne, il n’y avait aucun remède miracle pour remettre sur pied un ex-habi­­tant mal en point de la Caro­­line du Nord.


Kalispell est une ville du Montana aux portes du parc national de GlacierCrédits
Kalis­­pell, aux portes du parc natio­­nal de Glacier
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La ville comp­­tait un bon paquet de boulots de bas étage pour anciens escrocs, mili­­tants anti­­gou­­ver­­ne­­men­­taux, travailleurs payés en nature et autres flem­­mards en fin de vie. D’homme à tout faire à concierge et inver­­se­­ment, on trou­­vait de tout « aux portes du parc natio­­nal de Glacier ». C’était égale­­ment le siège d’une impor­­tante agence de recou­­vre­­ment qui avait fait paraître une annonce pleine page dans le jour­­nal du coin, qui disait : « OUVERT À TOUS : CHERCHE ASSOCIÉS, BON SALAIRE ET BONUS À LA CLÉ ». Le jour­­nal en ques­­tion avait refusé de m’ac­­cor­­der quelques piges sous-payées. Aussi, armé de mon esprit retors et les poches quasi-vides, je me suis pointé aux portes ouvertes de l’agence, qui m’a immé­­dia­­te­­ment embau­­ché pour dix mois. J’en suis ressorti convaincu que la plupart des socié­­tés de finan­­ce­­ment de ce bas monde ne cherchent qu’à vous baiser.



Les bras cassés

Avant d’al­­ler plus loin, lais­­sez-moi vous expliquer en quoi consiste ce boulot. L’agence de recou­­vre­­ment exerçait sous le nom Law Firm & Asso­­ciates (« cabi­­net d’avo­­cats et asso­­ciés »), vu qu’elle payait le salo­­pard d’avo­­cat susmen­­tionné pour qu’il affiche sa pancarte à l’ex­­té­­rieur du cabi­­net. Nous autres, les « asso­­ciés », étions assis devant un ordi­­na­­teur Compaq vieux de six ans et tentions de recou­­vrer l’argent de vieilles dettes rache­­tées une misère à Chase Bank, à House­­hold Bank, à Ameri­­can Express et autres créan­­ciers initiaux. Une formule complexe dictait la valeur de chaque dollar de la créance en ques­­tion, et ce que nous, les « asso­­ciés », devions récu­­pé­­rer dessus – si vous dépas­­siez ce chiffre, vous rece­­viez un bonus. Dans le cas contraire, c’était bye-bye. Nous étions des « asso­­ciés », car ce noble titre était censé pous­­ser les débi­­teurs, appe­­lés offi­­ciel­­le­­ment chez nous des « bras cassés » ou des « sacs à merde », à payer d’an­­ciennes dettes qu’ils auraient préféré oublier. Même si je n’étais pas encore avocat, cette étiquette d’ « asso­­cié » devait appor­­ter davan­­tage de crédi­­bi­­lité à mes reven­­di­­ca­­tions sur leur argent. Si le débi­­teur, malin, ne mordait pas à l’ha­­meçon et compre­­nait que c’était un simple gars de 22 ans qui l’ap­­pe­­lait, je donnais des réponses vagues comme : « Eh bien, je n’ai pas encore passé mon barreau dans le Montana », ou : « Je suis asso­­cié dans ce cabi­­net d’avo­­cats. » Aussi foireuses qu’elles soient, ces affir­­ma­­tions ne déro­­geaient pas au Fair Debt Collec­­tion Prac­­tices Act (FDCPA), une loi fédé­­rale votée sous l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion de Jimmy Carter visant à régu­­la­­ri­­ser les acti­­vi­­tés des agences de recou­­vre­­ment. Ainsi, mes « asso­­ciés » et moi-même conti­­nuions à les débi­­ter. C’était immo­­ral, mais bon, tout ce que je faisais dans ce cabi­­net l’était.

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Il y avait deux jours de « forma­­tion ». Ces derniers consis­­taient essen­­tiel­­le­­ment à nous apprendre comment allu­­mer les ordi­­na­­teurs, tout en nous rappe­­lant que l’uti­­li­­sa­­tion person­­nelle d’In­­ter­­net aux heures de bureau était stric­­te­­ment inter­­­dite, à moins que ce ne soit pour traquer un débi­­teur. Après cela, on m’a conduit devant un termi­­nal infor­­ma­­tique, demandé de m’as­­seoir, et dit qu’on atten­­dait de moi que je passe les dix prochaines heures à « sourire et à compo­­ser les numé­­ros » des « sacs à merde » dont les noms figu­­raient dans mon dossier de collecte. Le respon­­sable – une ancien acteur de films pour adultes qui commençait à prendre de l’âge et fils d’un de ces gang­s­ters de Chicago à qui appar­­te­­nait le cabi­­net – m’a ensuite annoncé qu’il voulait faire un bras de fer avec moi. « — Hé, mon salaud ! a-t-il dit en saisis­­sant mon biceps. T’es un grand gaillard, toi. — Euh, ouais, ai-je répondu. — Ils sont gros comment tes biceps ? — Aucune idée. — Quand j’étais à L.A. et que je tour­­nais des films et des vidéos, les miens faisaient 48 cm, mais je n’avais pas de jolies courbes comme les tiennes, ces belles courbes à la Schwar­­ze­­neg­­ger. Tu les as déjà mesu­­rés ? — Je ne sais pas du tout combien ils font. — C’est bon, on fera un bras de fer. Je vais te botter le cul. Et si tu fais une pause clope, on refera un bras de fer et je te botte­­rai encore le cul. — Je ne fume pas. — Je te botte­­rai quand même le cul, tu verras. Attends un peu ! » Après ça, il est sorti fumer une ciga­­rette, chose à laquelle il consa­­crait la majeure partie de sa jour­­née. Il reve­­nait de ces pauses seule­­ment pour « conclure une affaire » avec tout débi­­teur qui se montre­­rait hési­­tant et serait disposé à ouvrir son chéquier. Mon premier appel, comme la plupart d’entre eux, n’avait rien de spécial :

Les agences ne vous lâchent jamais. Même si vous êtes mort. Crédits
Les agences ne vous lâchent jamais. Même si vous êtes mort. 
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Moi : Bonjour, c’est M. le Débi­­teur ? D : Qui appelle ? Moi : Puis-je parler à M. le Débi­­teur ? D : C’est à quel propos ? Moi : Est-ce que vous êtes M. le Débi­­teur ? D : Oui, c’est moi. De quoi s’agit-il ? Moi (en m’éclair­­cis­­sant la voix) : Eh bien, M. le Débi­­teur, je suis un asso­­cié de Law Film & Asso­­ciates, et j’ap­­pelle à propos de votre compte chez House­­hold Bank Visa, à qui vous devez le somme de 4 500,33 dollars. Veuillez noter que ceci est une manœuvre de recou­­vre­­ment de dette et que toute infor­­ma­­tion obte­­nue sera utili­­sée pour… D : Allez vous faire foutre. [Clic] Mon collègue de box, lui, était un sacré spéci­­men : un ex-détec­­tive de San Fran­­cisco devenu avocat ; devenu alcoo­­lique ; devenu fana­­tique ; devenu collec­­teur de dettes ; rede­­venu alcoo­­lique ; puis collec­­teur de dettes viré II ; devenu fana­­tique II ; devenu fina­­le­­ment collec­­teur de dettes III. En plus de persé­­cu­­ter impi­­toya­­ble­­ment les « bras cassés » et autres « sacs à merde » dont les dettes appar­­te­­naient à présent à Law Firm & Asso­­ciates, il entre­­te­­nait une conver­­sa­­tion perpé­­tuelle, sûre­­ment dans l’es­­poir de me conseiller pendant que je m’en­­ga­­geais sur la voie hasar­­deuse du véri­­table éveil spiri­­tuel. « Donc tu veux être écri­­vain… ben je connais un gars à Gene­­ral Mills…t’as pensé à écrire des articles au dos des boîtes de céréales ?… je veux dire, c’est déjà quelque chose… et je peux l’ap­­pe­­ler… on volait souvent ensemble à l’époque où j’avais un avion… c’était le bon temps… je volais tout le temps avant… parfois, lui et moi on allait jusqu’à Bakers­­field ou Sacra­­men­­to… un rapide aller-retour… mais je pour­­rais l’ap­­pe­­ler… tu sais… lui en toucher un mot… ce sera peut-être un début… j’ai suivi mes rêves et Dieu m’a montré la voie… je n’étais pas que détec­­ti­­ve… non, j’al­­lais à l’école de droit le soir… et j’étais avocat… c’était ça mon rêve… et non… main­­te­­nant je ne fais plus ça… Dieu me l’a donné et Dieu me l’a repris… mais je te le dis : suis tes rêves… “celui qui cherche trouve, et l’on ouvre à celui qui frappe et je ne dis pas que j’ar­­ri­­ve­­rai à grand-chose… si ça se trouve, il ne travaille plus chez Gene­­ral Mills… mais c’est une idée… et… BONJOUR, C’EST M. LE DÉBITEUR, hum ? » Il rado­­tait pendant des heures et des heures, jusqu’à ce que je comprenne progres­­si­­ve­­ment que je me trou­­vais en présence d’une personne qui, un millé­­naire aupa­­ra­­vant, aurait pu être consi­­déré comme un gourou ou un homme saint. Si on avions été en l’an 1004 ap. J.-C., je l’au­­rais bien vu nous guider dans la prière jusqu’au sommet d’une falaise, avant qu’on fasse le saut de l’ange pour tenter d’avoir une illu­­mi­­na­­tion. Au lieu de quoi nous étions en 2004, et il persua­­dait les gens de lui donner l’argent qu’ils n’avaient pas pour payer des dettes insi­­gni­­fiantes. Ensemble, ce cinglé et moi faisions partie d’une vaste équipe de robots nettoyeurs qui repre­­naient des dettes impayées et essayaient d’en tirer autant d’argent que possible. Law Firm & Asso­­ciates regrou­­pait les restes d’un système capi­­ta­­liste à la dérive et nous, on triait le tout à la recherche d’un louis d’or ou deux.

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Les ruses

Chaque dossier de débi­­teur arri­­vait avec ses infor­­ma­­tions person­­nelles (numéro de télé­­phone, adresse, etc.) – obso­­lètes la plupart du temps – et des dossiers de crédit venant d’Equi­­fax, d’Ex­­pe­­rian et de TransU­­nion. Après quelques mois, je lisais ces formu­­laires avec la préci­­sion d’un expert en authen­­ti­­fi­­ca­­tion de métaux précieux. On a beau croire qu’on est unique et incroyable, notre vie finan­­cière est compo­­sée de détails extrê­­me­­ment ordi­­naires et répé­­ti­­tifs. Tous ces « bras cassés » corres­­pon­­daient à un de ces quatre profils : L’échec précoce : une personne avec une première flopée de cartes de crédit radiées, un crédit auto­­mo­­bile raison­­nable, toujours en cours ou pas, et peut-être une ou deux pour­­suites judi­­ciaires devant une cour des petites créances. Ces débi­­teurs n’avaient géné­­ra­­le­­ment pas de biens person­­nels, mais des parents ou des grands-parents sur qui faire pres­­sion pour régler les comptes, si tout le monde était assez apeuré et connais­­sait mal les consé­quences d’une dette reprise par un « cabi­­net d’avo­­cats » au lieu d’une « agence de recou­­vre­­ment ». (Puisqu’on ne traî­­nait jamais personne en justice, il n’y avait que le nom qui chan­­geait.) Le gros lot : une personne avec un gros prêt immo­­bi­­lier, un crédit auto­­mo­­bile bien cher et des dettes impor­­tantes accu­­mu­­lées sur des cartes de premier ordre comme Ameri­­can Express. Ces débi­­teurs étaient très rares, très doués pour se cacher, mais parfois tout à fait capables d’ef­­fec­­tuer d’énormes règle­­ments s’ils sortaient d’une faillite quel­­conque ou qu’un divorce était à l’ori­­gine de leurs déboires.

Cartes de crédits radiés, crédits impayés... Le profil des débiteurs est toujours le mêmeCrédits
Cartes de crédits radiées, crédits impayés…
Le profil des débi­­teurs est toujours le même
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La victime : une personne dont le dossier compor­­tait égale­­ment des milliers de dollars de frais médi­­caux impayés. (Je ne récu­­pé­­rais jamais ceux-là. C’étaient des cas parti­­cu­­liers.) Ces gens, victimes d’une mala­­die désas­­treuse, étaient sur le point de s’en sortir et n’avaient en règle géné­­rale pas envie de payer leurs dettes. Les conver­­sa­­tions avec ces débi­­teurs étaient parmi les plus pénibles de ma carrière à Law Firm & Asso­­ciates.

Le débi­­teur à vie : une personne systé­­ma­­tique­­ment criblée de dettes qui avait sûre­­ment aggravé une première banque­­route. Ou deux. Elle avait alors à son actif des crédits de départ et des crédits renou­­ve­­lables (géné­­ra­­le­­ment chez Finge­­rhut et Rent-A-Center) sur lesquels elle ne dépo­­sait pas un sou. Elle avait géné­­ra­­le­­ment des mises en demeure des prêteurs sur salaire, et des tampons « 100 % approuvé » des conces­­sion­­naires spécia­­li­­sés dans les voitures d’oc­­ca­­sion à mettre aussi sur son compte — deux profes­­sions douteuses et para­­si­­taires qui vivent sur le dos des pauvres et des naïfs. On ne s’at­­tend donc tout natu­­rel­­le­­ment pas à ce qu’elle paie ses dettes, dont elle n’a que faire vu sa mauvaise solva­­bi­­lité habi­­tuelle. Aussi doué soit-il pour harce­­ler ces pauvres gens, mon collègue ne pesait pas bien lourd face aux collec­­teurs de dettes par télé­­phone d’an­­tan. Notre respon­­sable ex-star du porno se plai­­gnait des chan­­ge­­ments provoqués par le Fair Debt Collec­­tion Prac­­tices Act. En effet, les « bras cassés » ne pouvaient plus rece­­voir de cartes postales pour les infor­­mer qu’ils avaient gagné un concours et qu’ils devaient appe­­ler un numéro spécial afin de rece­­voir leur récom­­pense. Ou, encore mieux, pour les infor­­mer que leur mère était à l’hô­­pi­­tal suite à une grave attaque cardiaque et qu’il s’agis­­sait d’un numéro très secret à appe­­ler pour avoir d’autres « rensei­­gne­­ments sensibles ». Non, nous on harce­­lait encore et encore (raccourci en « E&E » noté dans le dossier du débi­­teur) ces « sacs à merde ». Au début de notre appel, nous faisions une « mise en garde offi­­cielle », comme le stipule la FDCPA : « Ceci est une tenta­­tive de recou­­vre­­ment et toute infor­­ma­­tion obte­­nue sera utili­­sée dans ce but », puis nous deman­­dions un règle­­ment inté­­gral. À ce stade, la notion même de « règle­­ment inté­­gral » était ridi­­cule au vu des chiffres gonflés par les frais, les inté­­rêts et autres péna­­li­­tés. Law Firm & Asso­­ciates en ajou­­tait égale­­ment, aussi lorsque je réus­­sis­­sais enfin à avoir les débi­­teurs au télé­­phone et leur annonçais la somme ronde­­lette qu’ils devaient régler, ils étaient plus que choqués. À tous les coups, le débi­­teur me répon­­dait qu’il lui était impos­­sible de payer la dette, et je propo­­sais un paie­­ment en trois ou quatre fois. Une fois la propo­­si­­tion reje­­tée, ce qui était presque systé­­ma­­tique grâce à l’in­­ter­­ven­­tion inopi­­née de proches riches ou d’autres sauveurs, je mettais fin à la conver­­sa­­tion et trans­­fé­­rais l’ap­­pel vers un « supé­­rieur », un collec­­teur plus expé­­ri­­menté qui exige­­rait lui aussi un règle­­ment inté­­gral.

Ces agences utili­­saient des répon­­deurs auto­­ma­­tique pour harce­­ler des gens persua­­dés d’avoir déjà réglé leur dette.

Le collec­­teur expé­­ri­­menté passait à nouveau en mode « E&E » avec le débi­­teur, avant d’of­­frir la même propo­­si­­tion que moi. Le débi­­teur objec­­tait encore et l’ap­­pel passait cette fois aux mains d’un « supé­­rieur en chef ». Géné­­ra­­le­­ment, il s’agis­­sait de mon collègue complè­­te­­ment dingue qui répé­­tait le proces­­sus en utili­­sant des mots plus gran­­di­­lo­quents et plus véhé­­ments. S’il gardait le débi­­teur au bout du fil plus de trente minutes, c’était gagné (à peu de choses près). Le supé­­rieur en chef négo­­ciait enfin un arran­­ge­­ment à 85 % du prix du solde de départ. Mais c’est là que ça devient encore plus louche : même si les consom­­ma­­teurs rece­­vaient une lettre offi­­cielle confir­­mant le règle­­ment de leur dette avec Law Firm & Asso­­ciates, le reste de la somme à payer était immé­­dia­­te­­ment revendu à une autre agence de recou­­vre­­ment. Une agence habi­­tuée à trai­­ter des quan­­ti­­tés impor­­tantes de dettes et extrê­­me­­ment diffi­­ciles à collec­­ter. Ces agences, compo­­sées en majo­­rité d’em­­ployés payés au smic et basés dans des centres d’ap­­pel à l’étran­­ger, utili­­saient des répon­­deurs auto­­ma­­tiques afin de harce­­ler des gens persua­­dés d’avoir déjà réglé leur dette.

Les amélio­­ra­­tions

Bien sûr, cela pour­­rait être pire. En limi­­tant la plupart des pratiques dont raffo­­laient les collec­­teurs sans scru­­pules du bon vieux temps, la FDCPA nuisait beau­­coup à leur « plai­­sir ». Parmi ces mesures plus humaines, il y avait : – Ne pas appe­­ler les gens après 21 h, heure locale, ou avant 8 h du matin (chose facile à contour­­ner puisqu’on se trou­­vait dans la célèbre heure des Rocheuses). – Ne pas rappe­­ler si on vous demande d’ar­­rê­­ter les appels. – Ne plus appe­­ler les débi­­teurs au travail si leur patron vous demande d’ar­­rê­­ter. – Ne plus parler aux débi­­teurs s’ils vous disent qu’ils sont repré­­sen­­tés par un avocat. – Ne pas mentir sur l’iden­­tité du corres­­pon­­dant ou de son entre­­prise, ce qui inclut de dire au débi­­teur que vous êtes avocat (même s’il était possible de défor­­mer la vérité aussi long­­temps que possible, comme expliqué plus tôt) ou que vous comp­­tez le pour­­suivre en justice alors que vous n’en avez pas l’in­­ten­­tion (ce qui donnait lieu à des phrases alam­­biqué du type « entre­­prendre éven­­tuel­­le­­ment des mesures sérieuses après étude appro­­fon­­die de votre dossier et initier la possi­­bi­­lité de lancer une action en justice ») S’il y avait bien un point qui n’avait pas changé dans l’in­­dus­­trie du recou­­vre­­ment, c’était la nature véreuse et procé­­du­­rière de ces opéra­­tions. Law Firm & Asso­­ciates, présent sur le marché cinq ans au total, a fermé du jour au lende­­main à la fin des années 2000. L’avo­­cat a disparu, deux des gang­s­ters sont allés en taule pour détour­­ne­­ment de fonds et le troi­­sième a ouvert une autre agence de recou­­vre­­ment avec un nom aussi vide de sens que le premier.

Crédits : Stellar Recovery
Crédits : Stel­­lar Reco­­very

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La fin de mon aven­­ture avec eux est arri­­vée bien plus tôt. Un matin, j’ai reçu l’ap­­pel d’un collègue m’in­­for­­mant que mes effets person­­nels – une pince de compé­­ti­­tion, Garfield en pin-up, un pot à lait vide et un exem­­plaire de l’au­­to­­bio­­gra­­phie de Jesse « The Body » Ventu­­ra– avaient été dépo­­sés dans un carton à la porte. Lorsque je suis venu les cher­­cher, le respon­­sable ex-star du porno m’at­­ten­­dait, bras croi­­sés sur un torse qu’il gonflait dans l’es­­poir de m’im­­pres­­sion­­ner ou de m’in­­ti­­mi­­der – sûre­­ment les deux. « — Oscar, ce boulot… — Oliver, l’ai-je corrigé. — Oliver, ce boulot n’est pas pour toi, a-t-il lancé en me tendant ma boîte. Tu n’at­­teins pas tes bonus, alors on doit te virer. Désolé, vieux. Conti­­nue dans ta voie. »

Oliver aujourd'hui/strong>Crédits : Twitter
Oliver aujourd’­­hui
Crédits : Twit­­ter

Ce genre de conseil, donné d’ha­­bi­­tude par des imbé­­ciles voulant bien faire, était complè­­te­­ment stupide : peu importe où j’al­­lais trou­­ver ma voie, ce ne serait pas ici, aussi qu’en avait-il à foutre ? Mon collègue, dans son bara­­tin d’adepte New Age et chré­­tien fonda­­men­­ta­­liste, aimait faire remarquer que ce qui comp­­tait, c’était le voyage et non la desti­­na­­tion – et cela me corres­­pon­­dait déjà plus. Les années ont passé, je suis devenu avocat et même profes­­seur à l’uni­­ver­­sité, mais c’est ce travail malhon­­nête et médiocre qui m’a appris le plus à me connaître. Je n’étais pas le genre de personne à appe­­ler les autres des « sacs à merde » ou des « bras cassés » simple­­ment parce qu’ils auraient dû dire à Ameri­­can Express d’al­­ler se faire foutre. Non, j’ai compris que j’étais quelqu’un qui se préoc­­cu­­pait un mini­­mum de monde autour quand, comme le dit Lang­s­ton Hughes, « trop peu d’entre nous s’en soucient ». Et puis, ces années atroces en tant que collec­­teur de dettes avaient quand même un bon côté. Après avoir passé dix mois à m’api­­toyer sur le sort des autres, j’avais du mal à trou­­ver des raisons de dépri­­mer sur moi-même.


Traduit de l’an­­glais par Anas­­ta­­siya Reznik d’après l’ar­­ticle « My Time as a Profes­­sio­­nal Debt Collec­­tor Made Me Lose Faith in Huma­­nity », paru dans VICE. Couver­­ture : Un homme inquiet. Créa­­tion graphique par Ulyces.

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