fbpx

La pandémie de Covid-19 n'est pas encore derrière elle que l'humanité voit déjà se profiler des menaces qui mettent sa survie en jeu.

par Ulyces | 15 mai 2020

Après la crise, la crise conti­nue

Sous les arbres plan­tés le long des rails du tram­way, trois poli­ciers pénètrent dans une rame. « Vous n’avez pas de masque », inter­pellent-ils un jeune homme qui regarde la place de Verdun par la fenêtre. « On va vous deman­der de descendre, s’il vous plaît, par rapport aux autres personnes », pour­suivent-ils ce mercredi 13 mai 2020. À Grenoble, en Isère, les forces de l’ordre demandent régu­liè­re­ment aux voya­geurs qui ne respectent pas les mesures d’hy­giènes impo­sées dans les trans­ports en commun de quit­ter le tram­way.

Pour quelques-uns, cette obli­ga­tion a de quoi éton­ner. Non seule­ment le gouver­ne­ment a long­temps décon­seillé aux Français de porter un masque, mais une enquête parue le 13 mai révèle qu’1,5 million de masques ont été détruits entre janvier et mars. Le Premier ministre affirme qu’ils étaient péri­més, mais BFM TV jure que certains étaient utili­sables et parle « d’un fiasco », alors que Media­part évoquait dès le 2 avril un « mensonge d’État ».

Au moment où certains scien­ti­fiques prédisent l’ar­ri­vée d’une deuxième vague de coro­na­vi­rus, un tel manque de prépa­ra­tion a de quoi inquié­ter. D’au­tant qu’il ne concerne pas que la santé. L’in­cen­die de Lubri­zol, en octobre 2019, a montré à quel point le pays pouvait être menacé par ses usines, et le déluge tombé dans les Landes mercredi 13 mai 2020 prouve que la France est aussi vulné­rable aux inon­da­tions. Or elle possède le plus grand parc de centrales nucléaires au monde. Si les typhons n’y sont pas aussi fréquents qu’au Japon, touché par l’ac­ci­dent de Fuku­shima en 2011, le dérè­gle­ment clima­tique risque de rendre les catas­trophes natu­relles de plus en plus fréquentes.

Dans son livre La prochaine catas­trophe, le socio­logue améri­cain Charles Perrow pointe la vulné­ra­bi­lité des réac­teurs aux phéno­mènes natu­rels comme les oura­gans. « Les trem­ble­ments de terre et les volcans sont des menaces omni­pré­sentes », ajoute-t-il. En Indo­né­sie, le super­vol­can Toba présente un indice d’ex­plo­si­vité de 8, soit la plus haute valeur possible. Certains géologues estiment que son érup­tion, il y a quelque 73 000 ans, avait été si puis­sante qu’elle avait entraîné un hiver volca­nique de près d’une décen­nie sur toute la planète, et un refroi­dis­se­ment pendant un millé­naire.

Face à son réveil, diffi­cile à anti­ci­per, comme face à un asté­roïde, nous serions certes bien désar­més. Mais il existe encore une foule de menaces mini­mi­sées. Dans son livre The Reality Bubble, la jour­na­liste scien­ti­fique cana­dienne Ziya Tong a étudié les dix plus gros angles morts de l’hu­ma­nité, où son habi­tat est peu à peu détruit sans qu’elle s’en aperçoive. Il faut souvent une crise, constate-t-elle, pour que les soubas­se­ments destruc­teurs de l’ac­ti­vité humaine appa­raissent.

Les tempêtes solaires

Au large de Jakarta, entre les îles indo­né­siennes de Java et de Suma­tra, le Kraka­toa semble endormi, affaissé au milieu d’une mer d’huile. C’est le calme après la tempête. En décembre 2018, ce volcan s’est effon­dré des deux tiers, ce qui a entraîné un tsunami qui a fait près de 500 morts. En 1883, son explo­sion avait tué plusieurs dizaines de milliers de personnes. Et malheu­reu­se­ment, le Kraka­toa n’est pas le seul géant endormi.

Selon le cher­cheur britan­nique Simon Day, de l’Uni­ver­sity College de Londres, un flanc du Cumbre Vieja est instable. Ce volcan situé sur les îles Cana­ries menace lui aussi de plon­ger dans l’océan, ce qui pour­rait engen­drer une vague de 650 mètres de haut, qui défer­le­rait sur les côtes euro­péennes, afri­caines et jusqu’aux États-Unis. Cela dit, 138 des 157 tsuna­mis recen­sés avant 2005 avaient eu lieu dans le Paci­fique, ce qui fait donc de l’océan Atlan­tique une zone moins sensible.

Aussi les habi­tants de ses côtes sont-ils sans doute plus mena­cés par la hausse du niveau des océans due, entre autre, à la fonte des glaciers. Selon une étude parue dans la revue Nature Commu­ni­ca­tions en octobre 2019, 150 millions de personne vivent à des endroits qui seront sous le niveau de la mer d’ici 2050. Sans doute Ziya Tong dirait-elle qu’ils sont beau­coup à l’igno­rer. Mais le danger pour­rait venir de plus haut. À en croire une étude de l’uni­ver­sité britan­nique de Warwick, des tempêtes solaires « assez grosses pour causer des pertur­ba­tions signi­fi­ca­tives de nos réseaux et systèmes élec­tro­niques se produisent en moyenne tous les vingt-cinq ans ».

Crédits : US Navy

En 1989, ce phéno­mène causé par une érup­tion du Soleil avait entraîné une large panne élec­trique au Canada et en 2012, il s’en est fallu de peu pour que la planète ne soit plus affec­tée encore : « Si l’érup­tion s’était produite une semaine plus tôt, la Terre aurait été en ligne de mire », expliquait le scien­ti­fique Daniel Baker à la NASA. L’Agence spatiale euro­péenne (ESA) veut lancer un satel­lite pour mieux comprendre ces érup­tions mais les connais­sances sont encore minces en la matière.

D’après une étude publiée par des cher­cheurs améri­cains en 2018, les gens préfèrent rester dans l’igno­rance, plutôt que d’être infor­més d’une mauvaise nouvelle. Une personne lambda aurait ainsi beau­coup de mal à imagi­ner une pandé­mie ou des incen­dies qui vien­draient boule­ver­ser son train de vie, et c’est aussi vrai des diri­geants. Pour Ziya Tong, cette habi­tude doit chan­ger si l’on veut espé­rer provoquer un chan­ge­ment dans notre société, sinon, « ces catas­trophes conti­nue­ront à nous frap­per de plus en plus fort ». Il faut espé­rer que des leçons durables seront tirées de la gestion de la crise actuelle.


Couver­ture : Unsplash


Plus de monde